La défense 2050

Vision prospective sur le devenir du quartier d’affaire

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©Observations by Michail Kafasis
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©Observations by Michail Kafasis

La place de la Défense est réputée incarner le cœur battant du quartier d’affaires. Mais bien qu’elle soit quotidiennement irriguée par le flux de milliers de passants, elle peine à apparaître comme un centre névralgique.

Paroxysme de l’urbanisme moderne, cette place concrétise la séparation des fonctions dans une version extrême : un des principaux nœuds de transports en commun d’île de France est situé juste-là, sous nos pieds, mais rien ne paraît. Les passagers quittent la gare souterraine puis émergent à la surface par des sorties dérobées, passablement désorientés. Le dispositif optique spectaculaire de panorama monumental offert par l’esplanade se trouve d’ailleurs renforcé par un certain effet de surprise, au détriment de l’ambition de faire centralité avec la gare.

L’émancipation apparente de l’esplanade, débarrassée de toute contingence logistique et technique, a été gagné en réalité au prix d’une inertie importante répercutée sur les infrastruc tures massives présentes sous la dalle. Afin d’assurer leur maintenance, mais aussi de conduire leur nécessaire adap tation, ces ouvrages astreignent des sommes considérables pour l’avenir.

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MAIS DANS QUOI INVESTIT-ON ?

À La Défense, l’urbanisme moderne, hier flamboyant, apparaît aujourd’hui ankylosé et révèle ses limites face à la crise climatique et l’évolution constante des usages. Comment accueillir les nouvelles mobilités ? Comment se rendre moins vulnérable aux épisodes caniculaires ? Comment évoluer vers un quartier mixte, plus attractif en dehors des horaires de bureau ? La Défense, immuable paquebot, est mis au défi de l’adaptation. L’immense socle de béton a tant modifié sa relation à l’environnement que le lien avec les communes voisines, bien que vital, s’est terriblement affaibli. La relocalisation récente, sur l’esplanade, de la statue monumentale « la défense de Paris », autrefois positionnée au centre du carrefour reliant Courbevoie, Puteaux, Nanterre et Paris, a parachevé le déracinement du quartier. A l’approche de La Défense, le piéton se heurte au dédale des infrastructures et à l’adversité des tunnels et des souterrains. La dalle s’érige en barrière. Le cœur de La Défense est-il scellé dans le béton ? Et si réadresser La Défense dans son environnement commençait par retrouver le précieux lien au sol naturel, mais aussi au fil ténu de l’histoire ? C’est l’hypothèse que nous avons prise pour conduire une réflexion sur l’ambi tion de faire centralité, et de renouer avec les territoires voisins ; deux notions qui nous paraissent essentielles pour accompagner la transformation du quartier.

UNE OPÉRATION À CŒUR OUVERT

La proposition de Syvil Architectures repose sur une action simple et radicale : étirer la trémie de la Place de La Défense originelle, avec sa fontaine monumentale d’Agam, jusqu’à rejoindre le pavillon de la gare voyageur quelques pas plus loin, afin de restituer un large espace principal dégagé au niveau du rez-de-ville. Cette nouvelle place serait gagnée en creusant le parking public existant sous la dalle. Ce parking en grande partie vacant occupe un emplacement stratégique au cœur du pôle de mobilité. Déployé sur quatre niveaux, son étage le plus profond correspond au plancher du pavillon de la gare voyageur adjacent. La transformation de ce bâtiment sous-utilisé pourrait constituer le socle de la métamorphose de la place de la Défense. Il s’agit également d’engager la transformation des voiries sous-dalle. L’époque les avait conçues pour la vitesse, dédoublées et dotées d’amples courbures ; aujourd’hui elles peuvent être rationnalisées pour convenir aux modes doux et à un urbanisme des courtes distances, à l’instar des réorganisations opérées sur les places parisiennes.

RÉINVESTIR L’ENTRESOL

L’aménagement de la nouvelle place au rez-de-ville offre l’opportunité de réinvestir les espaces sous-dalle. On retrouve une connexion fluide et intuitive entre les sols, avec des parcours clairs, adaptés aux piétons et aux vélos. Les gares de bus, actuellement souterraines et peu accueillantes, sont redéployées au périmètre de la nouvelle place publique, libérant leurs anciens emplacements pour accueillir d’autres usages. Une grande gare vélo complète l’offre de mobilité sur le pôle d’échange. La figure urbaine qui se dégage est une place encaissée dans l’esplanade. Le nouvel espace public s’embrasse d’un regard et prend place dans le dispositif de l’axe majeur, sans encombrer la perspective vers la Grande Arche, ni altérer la relation aux monuments alentours. Elle est un espace complémentaire à l’esplanade.

UN PUITS DE FRAÎCHEUR BIOCLIMATIQUE

Le projet puise son inspiration des stepwells indiens, ces puits climatiques à degrés conçus pour stocker l’eau et créer des espaces de fraîcheur. Des arcades ceinturent chacune des trémies à la façon de portiques dotés de larges vitrines au long desquelles les passants peuvent déambuler. Des promenades ombragées se déploient autour de ces arcades occupées par des cafés et des restaurants, mais aussi des commerces de toutes sortes. Et pour quoi pas, imaginer l’installation d’un campus étudiant qui valoriserait les amples surfaces disponibles et insufflerait une nouvelle dynamique au quartier ? Protégée des vents et abritée du soleil, cette place deviendrait un lieu de rendez vous confortable et accessible à tous, attirant de nouveaux publics et favori sant une Défense plus mixte et plurielle.

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©Observations by Michail Kafasis
MOA Groupama Immobilier, Allianz France, AXA IM Alts, Société Générale, Unibail-Rodamco-Westfield
Date 2024-2025
Lieu La Défense
Mission Stratégie urbaine et architecturale
Partenaires Impulse Partners, Atelier Soil, 2Portzamparc, Maud Caubet Architectes, ChartierDalix, Atelier Franck Boutté, Ultra Laborans, UGGC Avocats, Christine Hoarau-Beauval, IEIF, Alphaville, Jean Viard, Scity